RDC : Le pays est pillé



Trois communiqués se sont croisés la semaine dernière pour dénoncer ce qu’on peut désormais qualifier de pillage organisé de la RDC. Le premier, émanant de l’Inspection Générale des Finances, portait à la connaissance de tous les bénéficiaires d’avantages fiscaux, douaniers ou autres, sous quelque régime que ce soit, qu’elle débutait « l’examen de la régularité et de la pertinence de ces régimes particuliers sur base des dossiers qui lui ont été transmis par les autorités gouvernementales compétentes pour les accorder ».


Un deuxième communiqué, émis cette fois par la Police Judiciaire des Parquets révèle quant à lui avoir documenté plusieurs faits infractionnels et constitué cinq équipes d’Inspecteurs judiciaires qui sont à pied d’œuvre depuis trois semaines. Parmi les administrateurs et auditeurs internes des entreprises coupables de ces faits infractionnels, il y a des personnalités politiques congolaises qui occupent actuellement de très hautes fonctions dans les institutions du pays et qui ont même touché des dividendes pour les exercices déclarés sans profits ».
En dénonçant le rôle perturbateur des personnalités politiques présentes dans les hautes institutions de la République, la Police Judiciaire des Parquets met la puce à l’oreille de tous les citoyens qui peuvent enfin comprendre les raisons profondes de certaines marches organisées dans le pays pour soutenir des voleurs notoires et s’opposer à toute action de salubrité publique au niveau des finances de l’Etat.

Le troisième message émane de la DGDA. C’est une note de service adressée aux Directeurs centraux et provinciaux de la Direction générale des douanes et accises. Dans cette note, le DG « leur demande, toutes affaires cessantes, d’instruire les services sous leur responsabilité de ne plus accepter les paiements par compensation des droits et taxes dus à l’importation et à l’exportation des marchandises ».
Compensation, le mot est lâché. C’est par ce mécanisme, et celui de l’exonération, que les finances publiques sont assassinées. Quand Luzolo Bambi parlait à l’époque de quinze milliards de dollars qui disparaissaient dans la nature pendant que la République se contentait d’un ridicule budget de cinq milliards de dollars, si pas moins, il avait effectivement cerné le problème. Malheureusement, les liaisons dangereuses et les complicités qui constituent le socle de la prédation dans notre pays ne pouvaient permettre la moindre action contre l’hydre du pillage des ressources nationales.
C’est cette bataille qu’il faut absolument mener aujourd’hui, et surtout, la conduire à son terme. Il est en effet indécent d’assister à ce spectacle désolant où des individus deviennent plus riches que l’État et pire, empêchent le fonctionnement normal de celui-ci.


L’IGF et la Police Judiciaire des Parquets ont ainsi reçu mission de porter assistance à une nation en danger. Elles n’ont pas droit à l’échec car il s’agit de relever le pays en donnant à ceux qui le gouvernent les moyens nécessaires pour sa reconstruction et son développement.
Ce travail est très important, surtout en cette période où tous les pays se battent pour faire face aux conséquences de la covid-19. Chez nous, ce sont curieusement les bénéficiaires des compensations et exonérations qui mènent la vie difficile à la population. ils font entrer leurs marchandises sans bourse déliée dans le pays mais sont curieusement les premiers à pratiquer des hausses des prix exagérées dans le seul but de créer la tension au sein de la population. Tous les bénéfices sont pour eux et à l’Etat, les dégâts. Il faut arrêter ça, ici et maintenant.


La semaine dernière, plusieurs arrestations ont été opérées dans les rangs des régies financières. La dernière en date est intervenue hier avec l’interpellation du directeur provincial de la Dgda pour le Kasaï Central. Il lui est reproché d’avoir accordé une compensation de l’ordre de 45 millions de dollars en lieu et place de quinze millions autorisés. On en saura un peu plus en ce début de semaine.


C’est ici le lieu de rappeler le dossier Mutanda Mining qui avait valu à l’ex-DG de la DGI, Lokadi, 48 heures de séjour au Casier Judiciaire.
Comme le révélait Le Phare dans sa précédente livraison, M. Lokadi a été relâché après avoir fourni les informations qui intéressaient la police judiciaire.
Sans trop entrer dans les détails, Le Phare met aujourd’hui à la disposition de ses lecteurs deux documents qui expliquent la démarche de la police judiciaire. Un troisième document ne peut être publié à cause de sa faible lisibilité. Nous pouvons néanmoins communiquer les éléments de son contenu. Pour l’essentiel, les paiements effectués concernent :
1) Les impôts sur bénéfice
2) Les besoins urgents de sécurité
3) Le remboursement des frais relatifs aux opérations de sécurité en faveur du secteur financier de la Présidence
Pour certaines sources, la bataille des compensations et des exonérations risque, très bientôt, de faire des dégâts au sein de l’ancien parti au pouvoir, chacun y allant avec ses peaux de bananes pour faire tomber tout adversaire, candidat à la succession de Ilunga Ilunkamba au poste de Premier Ministre.


Alors que le peuple attend des investigations de l’IGF et l’Inspection Judiciaire de la Police des Parquets un résultat qui puisse contribuer effectivement à la rénovation de la gestion financière du pays, les amateurs des gains faciles ne songent qu’à leur retour aux affaires pour détruire davantage le pays.
A tous ces gens, nous devons, d’une voix unanime, dire : Stop aux pillages ! Stop aux pilleurs !


Source : Le Phare

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