RDC: Kamerhe au centre des enjeux politiques et diplomatiques

Cinq mois en détention, Vital Kamerhe est en appel dans un procès politisé dénoncé par plusieurs proches, l’homme reste seul au coeur de plusieurs cartes politiques et diplomatiques, face à une justice animée par des personnes colorées.

La cour d’appel de Kinshasa/Gombe siège en audience ce vendredi 18 septembre 2020 pour statuer sur l’appel interjecté par le Directeur de cabinet du chef de l’État condamné au premier degré à 20 ans des travaux forcés et 10 ans d’inéligibilité.

De la poudre aux yeux ou un vrai procès, retour sur les dessous des cartes des certains observateurs, comme Delphin MURHABAZI qui analyse « le Front Commun pour le Congo (FCC) de Joseph KABILA voit de mauvais œil la présence de Vital KAMERHE aux côtés de Félix TSHISEKEDI. Il faut donc séparer les deux hommes pour mettre le nouveau président de la République en difficulté parce qu’il n’a pas suffisamment d’expérience pour gérer la res publica et son parti, l’UDPS, débauchée de plusieurs de ses cadres. 

Et un peu plus loin, les États-Unis et l’Union Européenne voudraient d’une part mettre la main sur Joseph KABILA pour fragiliser sa plateforme (FCC), et d’autre part manipuler Félix TSHISEKEDI pour reposer leurs mains sur les minerais congolais pris en otage par les Chinois. La meilleure façon d’y arriver c’est de commencer d’abord par écarter Vital KAMERHE du cercle du pouvoir pour espérer avoir de l’influence sur le nouveau régime de Kinshasa.

On comprend que la RDC devenait de plus en plus un terrain de ring sur lequel se livrait une bataille silencieuse entre les perdants d’hier qui cherchaient à survivre politiquement pour les uns, à revenir faire des richesses pour les autres et à jouir pleinement du pouvoir présidentiel pour le reste. Tout cela se passe dans une totale hypocrisie et l’un attend voir KAMERHE cloué pour jeter la responsabilité sur les autres. Malheureusement, chacun va jouer le jeu de l’autre sans le savoir. 

Vital KAMERHE condamné, les États-Unis ouvrent leurs champagnes. Des nouvelles mises en place sont effectuées dans la justice et dans l’armée sous son œil attentif. Le couloir est vide pour acheminer Joseph KABILA à la justice internationale mais il faut commencer par ses généraux soupçonnés d’être impliqués dans des violations graves des droits humains. Le dossier Floribert CHEBEYA renait. Il faut commencer par la queue pour mieux écraser la tête. Le Colonel Christian NGOY est arrêté et conduit à Kinshasa. Plusieurs autres dossiers sont déterrés et visent les anciens collaborateurs de Joseph KABILA : la gestion calamiteuse de la GECAMINE, le projet BUKANGALONZO, la question de la fibre optique, la gestion de la RVA,… ressurgissent et sèment la terreur à Kingakati.

À la présidence de la République, l’absence du surnommé pacificateur se fait remarquer par le grand public. Le train semble s’être arrêté. Les crises entre l’UDPS et le FCC se multiplient et vont jusqu’à l’éjection du vice-président de l’Assemblée Nationale Jean Marc KABUND (Secrétaire Général ai du parti présidentiel). Les discours de violences se multiplient de part et d’autre sur le terrain politique alors que les massacres des civils se poursuivent à l’Est du pays. Les tendances sécessionnistes gagnent du terrain et prennent place dans des débats publics. La population meurtris de pauvreté extrême.

Au milieu de ces tempêtes, les discussions s’entament et se poursuivent sur le sort à réserver à Vital KAMERHE. Ses détracteurs sont unanimes sur une seule chose : il faut tout faire pour empêcher la mort de frapper à la porte de sa cellule. Il doit rester en vie. La question de sa mort n’est pas à l’ordre du jour parce qu’elle pourrait plonger le pays dans une crise incontrôlable. Dans les coulisses, les capitalistes cherchent lampe à la main un élément qui conduirait à une guerre civile pour plonger le pays dans le chaos afin de mieux exploiter les minerais. Entre-temps, le FCC a perdu son meneur de jeu, le Ministre de la justice Célestin TUNDA YA KASENDE ; et son remplacement ne sera pas automatique.

Le FCC est tombé dans un piège. Tous les signaux sont au rouge. Il faut revenir à la prison centrale de Makala pour tenter d’aplanir les divergences avec Vital KAMERHE. Le président Félix TSHISEKEDI a donné tout le pouvoir aux américains qui sont peut-être capables de décider.

De l’autre côté, le basculement de Vital KAMERHE au FCC ne sera pas la bonne nouvelle du quinquennat de Félix TSHISEKEDI. Il faut sauver ce qui peut encore l’être parce que même en prison Vital KAMERHE a un mot à dire sur l’électorat de l’Est et Felix TSHISEKEDI n’y récolterait pas plusieurs voix si le président de l’UNC croupit en prison jusqu’au bout. Il faut donc renégocier les accords de Nairobi autant que possible. Aux visites parfois secrètes s’ajoutent des coups de fils qui n’apportent aucune lumière.

Les américains quant à eux y vont à visage couvert. Ils feront alliance avec le vainqueur de cette bataille à une condition : Joseph KABILA ne doit pas revenir au pouvoir quelle que soit la forme qu’il prendra. 

L’équation se complique dans tous les camps. Vital KAMERHE revient au centre des enjeux politiques. Avec son expérience et son tact dans la manipulation de l’opinion publique, le président de l’UNC s’est taillé une notoriété qui lui a valu le rapprochement avec certains États tels que le Canada, la Grèce… 

Pour arrondir les angles, le FCC est, selon certaines indiscrétions, disposé à laisser Vital KAMERHE occuper le poste de premier ministre à condition de veiller sur la sécurité judiciaire de l’ancien Raïs et celle de ses proches. À l’UDPS, le langage a changé. Le Directeur de cabinet de Félix TSHISEKEDI devrait – faire des concessions pour sortir tête haute de ce procès et – accompagner la candidature de son allié aux prochaines élections.  Il faut donc lui trouver un poste qui l’honore et au besoin, par respect des accords de Nairobi, le porter à la primature. 

La sincérité de Vital KAMERHE déterminera son choix et il sera le seul à connaître celui avec qui, il pourra conjuguer en 2023.

Quant à la justice, l’issue du procès dépendra des accords politiques, des garanties et de la satisfaction.

Si aucun accord n’est trouvé, Vital KAMERHE négociera ou organisera son exil parce que sa détention à Makala ne profitera jamais au régime de Kinshasa. Tout malheur qui lui arriverait en prison serait automatiquement ajouté à l’actif. L’homme est donc plus dangereux en prison qu’en exil. 

Même si le chemin qui mène à la primature n’est pas une autoroute pour Vital KAMERHE, il serait lui-même prêt à boire sa coupe jusqu’à la lie pour sortir par la grande porte et accéder à un poste qui lui permettra de laver sa réputation avant de cracher le venin sur son ancien allié. Faut-il être Vital KAMERHE en personne pour comprendre exactement ce qui se passe et se prépare autour du dossier dit des 100 jours ? « 

Nous y reviendrons